 Impression de voyage - Brazzaville du 21 au 31 août 2009 |  | Vendredi 21 août 2009,
Comptoir d'enregistrement d'Air France, 10h30. Tout commence bien. Nous entendons la phrase inespérée : « Nous avons le plaisir de vous surclasser en business ! ». Image simple et touchante de la grâce : bénéficier d'une faveur que l'on n'a pas payée, que l'on ne peut pas se payer, donc que l'on ne mérite pas. Tout est Cadeau ! Quel bonheur de voyager couché sur une large banquette, inclinable à 180° ! Je repense au mot de Matthieu, par SMS : « Que le Saint Esprit vous surclasse cette semaine encore ». Oui, c'est aussi notre désir. Nous arrivons donc frais et dispos à Maya Maya, Brazzaville. Accueil chaleureux de Claude et de Sosthène, deux membres de FLM. Nous sommes très attendus. C'est bon de revoir les amis que nous avons connus en novembre 2008. Beaucoup de makelele (bruit) dans l'aérogare et des formalités douanières, plus laborieuses que jamais, compliquées par l'oubli de notre carnet de vaccination. Nous sommes logés à la SIL – quartier Poto Poto – qui signifie « la boue ». Le logement est impeccable, très propre et bien ventilé. Nuit réparatrice après un bon dîner à la Désirade, restaurant connu de Brazzaville. |
| Samedi 22août 2009,
Première réunion de travail avec le nouveau CA de FLM. Impressions de renouveau total. Nous avions quitté un groupe moribond. Nous retrouvons une équipe dynamique, motivée et au travail. La feuille de route que nous avions proposée en novembre 2008 a été respectée et suivie à la lettre. Sur seize actions identifiées, douze sont au vert et trois à l'orange. Ils ont utilisé notre plan comme un tableau de bord ! Nous sommes impressionnés par l'efficacité et le désir d'avancer de ce nouveau groupe. Nous exprimons tous ensemble notre reconnaissance à Dieu. Repas de fête chez Bruno ! Nous allons ensuite visiter le nord de la ville, le nouveau quartier Kombo. Dans la rue, nous sommes dévisagés Martine et moi. Martine est bien blanche, peu de doute donc sur son origine. Mais moi, je ne suis ni blanc, ni noir. D'où suis-je ? Je me hasarde auprès du chauffeur de taxi : « D'après vous, d'où est-ce-que je viens ? » Sa réponse : « De Suède ! ». Celle-là, on ne me l'avait jamais faite. |
| Dimanche 23 août 2009,
Je suis invité à prêcher dans une église du nord de Brazzaville. Le sujet est plus ou moins imposé : « relations au sein du mariage ». Je n'aime pas vraiment prêcher sur le mariage le dimanche matin, pendant le culte, tout le monde n'étant pas forcément concerné par le sujet. La Parole ne doit pas être limitée à la compréhension et à l'expérience de quelques uns. Il faudra donc élargir le thème et dégager quelques principes communs à tout le monde.. sans oublier le mariage ! Ce que j'essaie de faire à partir de Matthieu 18 & 19. Entrée dans l'Eglise organisée par le service du protocole. Rien n'est improvisé, soucis pointilleux des détails. Impressionnant. Je suis un peu déçu par ma prédication, mais profondément béni par le culte, en particulier par les chants des deux chorales. Je capte une des phrases d'un cantique magnifique interprété par le chœur « Bâton de Moïse » : « Je vous envoie pour enseigner le Royaume de Dieu ». Oui, c'est bien cela que nous devons faire : enseigner le Royaume de Dieu, sans relâche. L'offrande – qui conclut le culte – est l'occasion d'une grande liesse dans l'Eglise : enfants, jeunes gens, adultes, chacun apporte son don en chantant et en dansant ! Une traduction vivante de la parole de Jésus : « il y a plus de joie à donner qu'à recevoir ». |
| Lundi 24 août 2009,
1er jour de formation. Ca y est ! On entre dans le vif du sujet. 38 personnes sont présentes, la plupart ayant participé à la première session de 2008. Estomacs noués : enseigner en Afrique est une vraie gageure. Comment rencontrer et atteindre des frères et sœurs vivant une réalité si différente de la nôtre ? « Adaptation » est le maître mot : à la culture, au mode de pensée, à la façon de dire les choses et d'écouter. Ces étudiants sont de plus très exigeants. Il faut donc être clair et simple, sans être simpliste. Nous commençons par une révision des cours de 2008, puis nous présentons le plan général de la semaine : domaines et causes de conflits dans le couple, mais aussi dépassement de ces conflits. Nous introduisons l'idée qu'il y a deux types de conflits : les douloureux et les féconds, ceux qui détruisent les relations humaines et ceux qui nous permettent d'avancer et de créer de nouvelles intimités. Nous les faisons travailler sur eux-mêmes et sur leur couple, afin de leur permettre de toucher du doigt ce que nous enseignons. Par bonheur, la SIL a un rétroprojecteur et une ligne électrique sécurisée (très appréciable dans un pays où l'électricité tombe parfois en marche..). On pourra donc utiliser le PC et tout le matériel de projection. Ce qui donnera beaucoup de fluidité aux cours et qui nous permettra – la connexion Wifi aidant – de réaliser quelques exploits dans la semaine. Horaires et planning proposés : 8h – déjeuner ; 9h à 12h – Enseignements ; 12h à 13h30 – Déjeuner ; 13h30 à 16h - Ateliers, questions de dialogues et résumé de la journée. La fin des cours est fixée à 16h. |
| Mardi 25 août 2009,
Nous commençons la journée sur le thème de la relation d'aide. Quinze principes sont alors dégagés que nous prenons le temps de développer et d'expliquer. Nous imprimons aussi chacun de ses principes sur une feuille A4 et nous tapissons les murs de la classe. Chaque étudiant pourra ainsi revenir à sa guise sur ces affiches. Nous pourrons également nous y référer pendant toute la semaine. Nous insistons beaucoup sur le principe 2 : l'importance, quand nous aidons une personne, de se fixer des objectifs simples, modestes et atteignables. Rébecca et Susan seraient contentes d'entendre cela ! Nous évoquons aussi « l'art du questionnement », la différence entre les questions fermées et ouvertes. Puis nous passons à la pratique : des études de cas, soigneusement choisies, et nous les laissons travailler, en petits groupes de 6 à 8 personnes, à la conduite d'entretien. Exercice délicat, mais ils s'en sortent plutôt bien. L'occasion pour nous de rappeler que le conseiller ne cherche pas à convaincre, mais à faire réfléchir. Il ne peut non plus prendre la place de la personne qu'il aide ou se prendre en exemple. On commence aussi à parler de l'argent, le Mammon tyrannique, contre lequel ils luttent tous les jours à Brazzaville. Ils l'identifient tous comme un domaine majeur de conflit au sein des couples. On travaillera ce sujet en profondeur dans la suite de la formation. Comme nous le ferons chaque jour, nous résumons l'ensemble de l'enseignement reçu en cinq points, pas un de plus, cinq points que nous considérons comme la substantifique moelle de la journée. |
| Mercredi 26 août 2009,
Nous sommes désormais en rythme de croisière. Aujourd'hui nous abordons un sujet sensible : nous sommes tous héritiers de notre culture familiale, de nos traditions et de notre éducation. Et cet héritage est une source inépuisable de conflits et de malentendus. Nous revenons sur le cœur de l'enseignement biblique sur le mariage : « Quitter ». Question à l'auditoire : combien font 1 + 1 ? Les plus spirituels répondent « UN », mais les plus réalistes admettent que 1 + 1 = Quatre… voire huit, seize ou trente-deux ! Car l'aimé (e) amène avec lui (avec elle) dans ses bagages, outre sa longue histoire, des cohortes de personnes inconnues qui font pourtant partie de sa vie : collègues de travail, amis, mais aussi toute une troupe d'oncles, tantes, sœurs, frères, belles-sœurs, cousins par alliance, grands parents.. Dans cette tribu qui voyage avec nous, les parents et les beaux-parents sont les plus proches, mais aussi les plus actifs, dans ce qui peut être une emprise sur le couple. Des sourires dans la salle, des coups de coudes, des regards complices : ils voient tout à fait ce que nous voulons dire ! Nous reconnaissons tous ensemble qu'il est difficile de plaire à tout ce beau monde, mais aussi que ce beau monde ne nous plaît pas toujours complètement non plus ! L'occasion de revenir sur la pertinence de l'enseignement biblique qui nous invite à quitter progressivement, résolument, concrètement et joyeusement ! Aujourd'hui nous insistons sur la première responsabilité du conseiller qui est d'évaluer si la personne aidée est en danger, et si elle est en danger, s'efforcer de l'en extraire. Puis exercices concrets. Cette fois-ci, on fera plutôt des jeux de rôle : un couple se met dans la peau de personnes qui viennent consulter, un étudiant joue le rôle de conseiller et le reste de l'auditoire est appelé à observer, à analyser et à prendre des notes. Chaque acteur a une consigne. Exercice redoutable pour ceux qui s'y prêtent – Aidant, aidé, on vit la relation d'aide de l'intérieur - mais en même temps tellement profitable, car on est là pour apprendre ! |
| | Jeudi 27 août 2009,
Le thème aujourd'hui est l'intimité sexuelle, décliné en « dix bonnes raisons de dire merci à Dieu » ! Sujet passionnant, que nous avons décidé de traiter différemment. Nous faisons remarquer à notre auditoire que nous pouvons dire merci pour notre sexualité, entre autre, parce que « Dieu nous a vraiment bien équipés ». Surprise dans la salle. Martine a préparé un cours magistral sur les différences anatomiques entre l'homme et la femme ainsi que sur le fonctionnement des organes génitaux. Elle a préparé des planches détaillées qui permettent à chacun d'identifier les organes sexuels internes et externes et de comprendre leur fonction de reproduction et de plaisir. Tout le processus d'ovulation, de fécondation, de maturation des spermatozoïdes est ainsi expliqué précisément. Et papaye sur la gâteau, Martine nous projette un petit film d'animation extraordinaire montrant la course des spermatozoïdes à la rencontre de l'ovule (l'équivalent, à l'échelle humaine, de la distance Terre / Lune !). Dans la salle, émerveillement et standing ovation pour LE spermatozoïde vainqueur ! Au travers de cet enseignement nous avons parlé de la stérilité – qui ne peut être considérée comme une cause justifiant le divorce – mais aussi de la sexualité du couple que l'on ne doit pas réduire aux seules relations sexuelles. Le mariage est valide et béni devant Dieu même s'il n'y a pas d'enfants. L'enfant est une bénédiction et un cadeau « rajouté ». Et parce que notre sexualité est un chef d'œuvre de Dieu, nous avons admis que le mariage était le lieu où nous pouvions cultiver le plaisir ensemble. Deux ateliers ont été proposés à la suite de cet enseignement : dans le premier, chaque couple était invité, à partir de planches et d'illustrations, à bien comprendre l'anatomie de l'autre et dans le deuxième, nous avons séparé les hommes des femmes et avons fait travailler chaque groupe sur la conduite d'entretien dans des cas de problèmes sexuels. Et là, moment béni, nous avons beaucoup ri, et de bon cœur, tout en apprenant des choses très pertinentes ! Merci particulièrement au groupe des dames pour leur pragmatisme et leur réalisme audacieux ! |
| Vendredi 28 août 2009,
Retour sur la qualité d'écoute du conseiller. Il n'étouffe pas la souffrance des personnes qui viennent le voir : il la reconnait, la nomme et aide à la mettre en mots. Il sait accueillir la colère, car quand on ne traite pas sa colère, elle finit par nous maltraiter. Le conseiller rassure aussi. Il prie et intercède. Il permet à la personne qui souffre de reconnaître ses émotions négatives et positives. Nous revenons également sur la tendresse qui a besoin d'être entretenue et soignée dans le couple. Pour cela nous faisons un détour par Colossiens 3, 12 à 16 qui nous invite à nous « revêtir » de tendresse, et par-dessus tout, « à nous revêtir de l'amour ». Curieux verset qui compare l'amour à un vêtement ! Travail très intéressant de l'ensemble du groupe sur le thème du vêtement : il nous protège du froid et de la chaleur, il est adapté et adaptable. C'est souple, ce n'est pas un carcan. Le vêtement protège notre nudité du regard des autres, mais c'est aussi lui qui embellit notre corps et le met en valeur. Il permet d'affirmer notre personnalité et aussi de séduire notre conjoint. Nous évoquons aussi « la parabole du pommier » de Daniel Bourget, qui devient à Brazzaville « la parabole du manguier » : l'amour est le fruit de l'Homme, comme la mangue est le fruit du manguier ! Dans le couple, l'amour est OFFERT et A FAIRE, lentement, quotidiennement. Rien n'est jamais acquis. Nous devons continuer à séduire l'autre, sans nous relâcher. Former les autres à la relation d'aide, c'est d'abord une école à la vie : pour soi, pour son couple, pour sa famille. Ce sont les deux axes de cette formation : travailler sur soi, pour mieux aider les autres. |
|  | Samedi 29 août 2009,
Ce matin, nous sommes rejoints pas Madame M'Bakissa Jeanne-Rose, de l'Eglise évangélique du Congo. Devant l'ampleur des problèmes de relations dans le mariage, elle souhaite mettre en place, au sein de l'EEC, des conseillers de couples. Elle a entendu parler de la formation et souhaite évaluer son contenu. Nous l'accueillons avec reconnaissance et joie, convaincu que la mutualisation des efforts et des énergies vaut mieux que l'isolement et l'ignorance les uns des autres. Rappel très important ce matin : l'Evangile est une vraie bonne nouvelle, car il change notre relation avec Dieu, et quand nos relations avec Dieu changent, nos relations avec les autres changent aussi. Marc 12, 28 à 31 nous permet de redire ce qui est « premier » : « Ecoute ! » Et « tu aimeras ton Dieu, ton prochain, toi-même » : à Dieu l'adoration, au prochain la réciprocité, à soi-même l'estime. Au cœur de la relation d'aide, il y a aussi la grâce, cette grâce dont nous devons absolument garder le goût. La grâce qui nous apprend que, vivre en relation - avec son conjoint, sa famille, les membres de la communauté – c'est congédier le petit dieu tyrannique qui sommeille en nous et qui est tellement source de conflits avec les autres. Nous rappelons aussi que le conseiller n'est pas dans la « toute puissance ». Il est avant tout serviteur. Cette dernière matinée de formation sera consacrée au pardon. Du moins : une introduction au pardon. Nous reconnaissons que le conseiller pourra conduire la personne qui souffre à faire l'expérience profonde du pardon, sans précipitation, ni confusion. Les questions fusent : peut-on vraiment pardonner ? Pardonner, est-ce normal ? A quoi sert le pardon ? Peut-on pardonner sans qu'il y ait reconnaissance des torts ? Pardonner signifie-t-il oublier ? Peut-on tout recommencer ? Pardonner, remettre ses griefs, se réconcilier, est-ce la même chose ? Un débat passionnant et passionné commence, mais nous devons clore la session. Il est déjà midi, c'est la fin de la journée, c'est la fin de la semaine, c'est la fin de la 2ème formation. Ce sujet du pardon sera largement développé l'année prochaine. Martine reste seule avec les dames qui voulaient la voir en tête à tête. Un culte de clôture est célébré le soir à Ouenzé, dans l'Eglise du Pasteur Claude Kouzouela, Président de FLM Congo. Belle occasion d'exprimer notre reconnaissance à Dieu et de faire un bilan chanté et dansé ! |
| Dimanche 30 août 2009,
Ce matin, nous sommes dans l'Eglise « Néhémie », à Bacongo. On m'a demandé de prêcher sur les conflits et, ô joie, d'élargir ce thème à celui de la vie en communauté, la vie en Eglise ! Je me sens beaucoup plus à l'aise. Nous découvrons que la gestion des conflits chez nos frères et sœurs de Brazzaville, c'est souvent sur le mode « litoko » (natte, tapis) : on préfère enfouir les colères, les non-dits, les malentendus et les frustrations sous le tapis plutôt que de les regarder en face et de les traiter courageusement. Merci Juan José pour tout ce que tu nous as appris sur la médiation ! Incroyable, c'est applicable partout ! A partir de Actes 6, 1 à 7, de Actes 15, 36 à 41 et de Galates 2, 11 à 14, j'essaie de montrer que les conflits ne sont pas toujours négatifs, et que Dieu les utilisent souvent pour nous faire avancer, progresser et mûrir. Le pasteur de l'Eglise prend date avec nous pour que, en 2010, nous organisions des conférences dans son Eglise ! Et toujours ces fins de culte extraordinaires où l'offrande est l'occasion d'un débordement de joie sincère, totalement inhabituel pour les « mundele » (étrangers) que nous sommes ! Retour à la SIL l'après midi pour faire un bilan de toute l'organisation du séminaire et des prochaines étapes de notre projet commun. Des tâches sont distribuées, des engagements pris et des échéances fixées. Nous signons cette nouvelle feuille de route et demandons la bénédiction de Dieu sur nos vies avant de nous séparer. Nous sommes dans l'avion en classe économique – Air France ne nous a pas surclassés ! – après des procédures d'enregistrement ubuesques ! L'aéroport de Maya Maya n'est pas une référence en la matière, mais le cœur est léger et la tête pleine. Merci Seigneur pour toutes tes grâces ! |
| Gérard et Martine HOAREAU, lundi 7 septembre 2009, 10:58
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